See you.

23 septembre 2008

Et tu tombes

Publié par eliath dans Non classé

Phil, chaque mot que tu dis est un clou que tu enfonces dans ma poitrine.

Tu me manques déjà.

19 septembre 2008

Pulsation

Publié par eliath dans Non classé

Les jours passent très vite.

Des rencontres à la fac, plein, avec toutes ces nouvelles têtes qui concourront avec moi vers un seul et même but, durant les six mois à venir. Tout est encore à venir. Ca commence tout juste à se tisser doucement.

Avec Phil, on se cherche doucement. Entre trouble et désir. Avec angoisse et audace mêlées, avec maladresse et crudité, avec une envie de sincérité et une difficulté à trouver les mots. Et en même temps, par-dessus tout ça, cette simplicité de nos regards, de notre complicité, aussi. C’est délicieux et secouant à la fois, on retrouve ébranlées des certitudes qu’on croyait installées, on a peur et envie à la fois.
Demain, on se voit chez Engo. Ce sera la première fois qu’il va les revoir, tous. J’ai un peu peur, je crois. On ira dormir chez moi ensuite, sans doute, et je frissonne d’avance à l’idée de son corps nu contre ma peau.
Il faut simplement qu’on se réapprivoise. Parce que l’un pour l’autre, nous avons à la fois cet effroi, cette maladresse qu’éprouvent deux personnes qui ne sont pas vues depuis six mois, et en même temps, cette complicité et cette violence mêlées, de deux êtres qui se sont familiers, terriblement familiers, au point qu’ils peuvent se dire des choses parfois très fortes, en doux comme en cruel, sans toujours très bien réaliser comme ce qu’ils viennent de dire peut avoir de l’impact – sa suggestion « il y a peut-être quelque chose de cassé », qu’il a retirée tout de suite, mais qui m’a fait si mal, et puis deux jours après, son ton un peu pressant et angoissé, et à la fois doux, et son « mais j’ai envie de te voir, et toi, tu fais autre chose, bouh, c’est trop dur… Comment est-ce que je vais pouvoir attendre? », qui m’a fait sourire, sourire, et encore sourire.

Il semblerait que je retrouve peu à peu le goût des choses.
C’est con à dire, mais en définitive, j’en arrive à la conclusion que j’ai toujours, quoiqu’il arrive, besoin d’un minimum de cadre. Trop de liberté, et ça devient le bordel total dans ma tête, dans mon coeur, dans ma vie. Pas de rigidité, non : juste un cadre. Un squelette sur lequel je puisse tisser ma toile, constuire mon édifice, conduire mon chemin.

Et en marge de tout ça, il y a cette étrange situation dans laquelle je me suis menée plus ou moins malgré moi. Ce rapprochement entre cet homme et moi, d’abord stimulant et porteur, et, depuis son dernier mail empressé et un soupçon ambigü, un peu déroutant et inquiétant. Je me demande simplement ce qu’il souhaite exactement, même si en moi-même, je pressens bien quel serait son désir profond. Il déborde légèrement du cadre formel, ou du moins chaleureux, courtois, enthousiasmant que devraient avoir nos échanges – des échanges informatifs et en même temps de discussions personnelles, sur des sujets qui nous intéressent tous deux : des échanges tels qu’il pourrait y en avoir entre n’importe quel professeur disponible et élève éveillé et curieux -, par ces quelques petits mots disséminés ça et là, qui jettent un trouble extrêmement discret, mais toutefois suffisamment présent pour mettre mon esprit aux aguets. Néanmoins, il reste globalement dans ce « cadre » apparent universitaire, maintenant la retenue de rigueur. Il y a simplement ces formules qui ne se diraient pas dans un échange normal. Juste des formules, et puis une ou deux idées. Je ne sais exactement que faire, j’ai trop entendu parler de ces liaisons dangereuses qui se sont mal finies pour la partie la plus faible.
Je crois que j’ai plus à me craindre moi-même qu’autre chose. Que je lutte contre mon désir de plaire, ou plutôt ma crainte de déplaire, et que je mette de côté un moment mon style rédactionnel enlevé, exalté, plein d’une sympathie communicative, pour tendre vers une réponse plus cordiale et froide. Il faut que je lutte contre mes habitudes, et que je réfrène cette envie de toujours pousser un peu plus loin dans l’exploration d’une relation – quel que soit son degré d’échange ou d’intimité, c’est ainsi : j’ai toujours envie, lorsque la personne m’intéresse, d’aller plus avant dans l’intensité de l’échange, sur le plan de l’estime, de l’amitié, de la stimulation, de l’admiration, de la séduction, qu’importe.
Je crois que là aussi, j’ai un peu peur. Je crains à la fois de ne pas oser être suffisamment ferme, et de couper trop vite court à un échange qui est pour le moment intéressant et porteur.
Il faut que je repose, justement, un cadre.

Des doutes, des croisées de chemins, alors.

Je finis mon mémoire, après quelques nuits un peu trop longues de travail.
Le matin, lorsque je me lève, il fait parfois nuit, et je sais que bientôt, il en sera de même lorsque je finirai les cours, ces quelques jours de la semaine qui seront cruciaux pour mon avenir, cette année.

Il y a de belles surprises, comme cette « leçon-simulation » que j’ai donnée, l’autre jour. Et où le prof est venu me voir à la pause, me disant que j’étais « la bonne surprise de la matinée », avec « une sacrée personnalité » et que j’avais toutes les qualités requises – « de l’humour, de la finesse, de l’enthousiasme, un vrai sens pédagogique : on a envie de vous suivre, et vous faites vraiment de la musique » – pour l’épreuve finale. Que c’était ça, qu’on attendait d’un élève qui se présente à ce concours. J’étais d’autant plus heureuse qu’il n’en a pas dit de même au brillant premier de la promo de Licence, que j’ai toujours talonné, et qui avait aussi fait sa simulation ce matin.
Sortir du cours le coeur léger, heureuse d’avoir chanté, aussi. Parce que j’ai la sensation d’avoir enfin posé mon timbré, trouvé ma voix, et qu’à présent, je peux me faire plaisir, et oser chanter sans complexes devant du monde. Au point de donner ainsi un cours.

J’attends avec impatience demain soir.
Engo, Jeanne, Clément, Vian, Dan, Yvan (tiens, que de « -an »… Je le remarque seulement à présent), d’autres, et Phil.

Mes colocs sont revenues aujourd’hui de leurs voyages respectifs. L’année va être rude pour elles. Si peu de vacances pour tant de boulot. Des gardes, des nuits blanches à veiller, des polys énormes à apprendre.
Mais pour nous quatre, cet appartement dément, qu’on va sabrer au champagne samedi prochain.

Oh, retrouver enfin ce rythme, cette pulsation de vie dont j’ai tant besoin, et qui me manquait tant, durant le mois d’août…

14 septembre 2008

No pasaran sous les fourches caudines

Publié par eliath dans Non classé

Il y a des rendez-vous manqués, des choses que j’aurais dû faire il y a cent ans.

Parfois j’en crève de ne pas avoir su te dire les choses au bon moment.
Et surtout, d’avoir été trop fière, trop orgueilleuse, trop conne tout simplement, de ne pas avoir ouvert les yeux, sur ce qui était si beau entre nous, tellement beau qu’aujourd’hui on tente de récupérer tout ça les mains ouvertes. J’essaie de ramasser les débris les pots cassés les bribes éparses d’un « nous » amoureux qui fut durant quelque temps, mais je n’y parviens pas sans me faire mal, sans me blesser les doigts et me couper m’entailler encore plus le corps l’esprit le cœur.

Je n’aurais jamais cru que je pouvais avoir aussi mal à l’idée de te perdre.
Aussi mal à l’idée de perdre quelqu’un.
Aussi mal d’amour pour quelqu’un pour toi pour toi Phil.

Toi tu te dis perdu et en même temps chez toi lorsque tu me vois,
Je crois qu’on se plaît et en même temps on ne sait plus,
Les mots paraissent inutiles et encombrants, et en même temps, ça me déchire de te voir pour une fois presque muet tant tu es égaré en toi-même et en moi, et de devoir refouler moi-même tous les mots qui se bousculent derrière mes lèvres. Je parle par à-coups, soit trop soit pas assez, et toi tu te débats avec ce que tu tentes d’exprimer, sans parvenir pour une fois à le dire.

On se cherche, est-ce qu’on réussira à se rattraper.

Tant de gestes familiers qu’on retrouve, avec l’envie mais on est tellement déboussolés de ces retrouvailles si soudaines et bonnes, qu’on ne sait plus si la conviction est celle qu’il faut. On s’essaye à s’embrasser, une main qui traîne parce qu’on a tant aimé ça à l’époque de « nous », mais en fait, chaque geste porte en lui une question : « Est-ce que je le souhaite ? Est-ce ça que le tréfond de moi-même désire ? » Et pourtant, ça nous semble tellement évident, que tout est spontané, mais aux trois-quarts de sa course, le geste est comme freiné par toutes les interrogations qu’il traîne, tous les doutes qui s’emparent de nous, gênant notre désir notre tendresse notre envie notre liberté.

C’est comme un amour en déroute dont on tente de rassembler les morceaux.
J’ai parfois l’impression qu’on a fait les chemins à l’envers ; lorsque tu as fini par te résigner, moi je me suis enfin réveillée, j’ai pris conscience et j’ai réalisé. Et là, les positions sont comme inversées, je me sens faible et petite, demandeuse, et toi tu peux me considérer, perdu, mais demandé. Même si tu es aussi désirant et demandeur, et que lorsque tu as pressé ton corps nu contre le mien jeudi soir, tu as frémi de bonheur, tu m’as serrée contre toi lorsque nous avons fait l’amour et nous nous sommes regardés longuement au café, des tas de fois. Tu m’as dit que tu me draguais et on s’est cherchés l’un l’autre, doucement, avec désir.

J’aimerais tellement qu’on puisse trouver la clef.

Entre trop parler et pas assez, je ne sais pas où est le juste milieu, quelle est la solution, et toi non plus. On est perdus, l’un en face de l’autre, désemparés, presque pleins de désarroi, à contempler cet autre qui a tant compté pour nous, à s’essayer à refaire ces gestes si bons et familiers qui existaient encore il y a un an, mais sans y parvenir totalement. Tu as raison, il y a peut-être quelque chose de cassé, comme tu te le demandais jeudi, je ne sais pas ; j’ai envie de pleurer en écrivant ça.
J’aimerais qu’on se réapprenne, qu’on se retrouve comme il faut et toi aussi, je le sais, tu me l’as dit, tu aimerais.

Est-ce une issue qu’il faut chercher ou bien une entrée.

Changés et pareils, changés et pareils.

11 septembre 2008

C’est une fois tout près qu’on veut fuir.

Publié par eliath dans Non classé

Je vois Phil dans une heure et j’ai peur. Je vois Phil dans une heure et j’ai peur. Je vois Phil dans une heure et j’ai peur.

J’ai peur j’ai peur j’ai peur j’ai peur j’ai peur j’ai peur j’ai peur j’ai peur j’ai peur j’ai peur j’ai peur j’ai peur j’ai peur j’ai peur tellement peur que je ne suis même capable d’écrire ça treize fois (putain, j’ai pensé « treize fois » dans ma tête, avant de le compter sur l’écran, et c’est vraiment treize fois. Il y a parfois des coïncidences qui me scient.) sans une faire une faute de frappe à chaque « j’ai peur ».

Je vois Phil dans une heure et j’ai peur.

Je vois Phil dans une heure et ça va faire six mois qu’on ne s’est pas croisés, aperçus, touchés, parlé de visu, fait la bise, étreint, regardé.
Qu’est-ce qu’il va penser? Dire? Evidemment qu’on va parler, comme d’habitude, que ça va être chouette formidable génial, comme d’habitude, mais ce dont j’ai peur,

ce dont j’ai peur, vraiment peur,

c’est de ces premières secondes où il va m’apercevoir, me regarder avancer vers lui, et où je sentirai son regard qui me dévisage, m’englobe, me scrute et m’observe toute entière, pour la première fois depuis six mois. Ces premières secondes où on se déflore à nouveau des yeux, où on se jauge on se juge on se dévore.

J’ai peur j’ai peur, oui, j’ai peur.

10 septembre 2008

Et tu dresses ton inventaire

Publié par eliath dans Non classé

Je suis rentrée vers minuit avec Vian, et j’ai retrouvé des sensations un peu égarées. Électricité émotionnelle, on s’assied à côté, je parle trop et lui pas assez, mais on joue avec les mots, sourire en coin, « Je t’analyse » et « Tu n’as pas toujours dit ça… »

À cinq chez Engo, et ce dernier qui ne cesse de me questionner sur ce fameux Chilien avec lequel je bois des verres depuis une semaine. À vrai dire, je n’en ai pas grand-chose à faire, c’est plus pour passer le temps qu’autre chose, histoire de me remettre un peu dans le bain, mais j’aime bien. C’est agréable, de se sentir courtisée, et de se laisser faire, l’air de rien. Profiter du moment, à siroter un café dans un bar qui ne peut malheureusement plus être enfumé – même si ça m’explosait la gorge, j’aimais bien ce charme des brumes de cigarettes -, à parler un peu et se regarder beaucoup, simplement pour le plaisir du moment.

Donc, chez Engo, faire un plat totalement expérimental, avec du riz, de la viande hachée, des poivrons, des courgettes, saupoudrer le tout de fromage et enfourner ce mélange douteux au four ; et au final, entendre Engo qui répète toutes les deux minutes : « Eh, n’empêche, je suis vachement fier, c’est drôlement bon ce truc. » « Bon, c’est pas pour dire, mais c’est le pied, là, cette création. » « Je suis devenu un super-pro en improvisations culinaires, vous avez vu?? » « Non mais vraiment, on se régale, vous êtes pas d’accord?… »

Je regarde Vlad, on joue à faire un « Pyramide », les mots s’emmêlent avec finesse, on s’étonne l’un l’autre de connaître quasiment l’intégralité des Beatles, et je trouve qu’il s’améliore, sur tous les points, à chaque fois. Surtout depuis qu’il s’est coupé les cheveux. À croire que les cheveux trop longs, ça vous tue un garçon, et que les cheveux plus courts (mais pas rasés, par pitié) révèlent sa beauté. Pour exemple, Phil, Léo, Engo, Fab (quoique, lui, qu’il ait les cheveux longs ou courts ne change rien : il est à crever de sexytude), et Vlad. Ah, pardon, contre-exemple : Clément. Lui, le court lui donne l’air d’un poussin perdu, et les cheveux plus longs, en bataille, le glamourisent diablement.

Et ce que j’aime par-dessus tout, c’est m’allonger sur le sol de ma nouvelle chambre sous les toits, sous mon velux grand ouvert, avec en fond sonore, « Roxane » de Police, « Karma Police » ou « Exit music » de Radiohead. La rumeur de la ville surgit dans ma chambre, avec l’air de la nuit. Et dans la vitre se reflète la tour Eiffel qui s’illumine cinq minutes, au loin, ou bien la rue en bas, avec les gens qui passent, traînant derrière eux leur valise. Des bruits, des lumières étouffées, et la voix tellement dingue de Thom Yorke, comme une vague de plaisir qui se dépose sur mon corps que j’ai soudain l’impression de quitter, là, de laisser sur le sol de cette chambre. Je pars loin au-delà de mes murs, et j’imagine que je marche dans Paris, n’importe où, dans mes quartiers préférés. Je me dématérialise, c’est tellement étrange, cette sensation d’abandon de moi-même, où en même temps, je me vois dans ce velux, au-dessus. À la fois tellement réelle, et presque comme un reflet imaginaire, une idée dans l’eau qu’on tente d’attraper, je sais bien que si je tends la main je ne pourrai pas me toucher. Une cigarette serait presque nécessaire pour ce genre de moments, je crois que je vais m’y mettre si ça continue, comme pour complèter cette sensualité extraordinaire qui émane de l’instant.
Je trébuche dans ma mémoire, je m’enfouis dans mes souvenirs et je repense à tous les gens que j’ai croisés, je m’engouffre dans la réminiscence de mes premières années de fac, Fred, Nassim, Pierre, oui Pierre, Chuck, Al, David et tous les autres, vos noms je ne les oublie pas, même si les chemins divergent parfois. On se revoit, on se sépare, on se recroise, on s’oublie, on se retrouve à nouveau, pour repartir encore.
C’est comme une extase lente et douloureuse, avec un goût d’amertume et de nostalgie sur la langue, ce moment, le dos accroché par terre ; je m’ancre plus profondément à l’intérieur de moi, et j’ai la sensation de vivre quelque chose d’unique, un de ces moments où la solitude est tellement goûteuse, tellement nécessaire. Tournée vers le tréfond, c’est un peu ça, et je cherche les autres dans mémoire, jusqu’à suffoquer de ne pouvoir les atteindre, là, maintenant, tout de suite. Cette putain de nostalgie, accompagnées de tous les regrets ou remords de ce qu’on n’a pas accompli, ou de ce qu’on a eu tort de faire. Je retrouve les rush de mes souvenirs, mes bouts d’existence que je récupère au fur et à mesure comme des bobines oubliées, je remue un peu les couteaux dans les plaies pour me rappeler encore mieux, parce que je me sens exister, avec toutes ces choses que j’ai laissées derrière moi, et qui m’accompagnent encore plus ou moins.
Il y a des caresses qui se perdent, et des mots que je n’ai jamais dits, et c’est peut-être ça, qui rend le souvenir si fort, c’est cet inachèvement, ces itinéraires que je n’ai jamais poursuivi, ces tentatives qui n’ont jamais abouti. Des chemins qui n’ont pas pu ou su se croiser, des rendez-vous manqués parce qu’ils n’ont jamais été convenus même si désirés, je repense à Pierre, qui se manifeste de temps en temps, toujours aussi désirable, et désirant je crois, mais c’est comme si des portes qui s’étaient refermées à il y a longtemps se refusaient à se rouvrir, elles sont closes, à présent.

Alors je rebrousse finalement chemin pour arrêter de me faire ce mal qui fait du bien parce qu’il est riche de minutes vécues, et j’arrête la projection, fin de la séance, repliez les strapontins. Cessation de la non-activité, je me rattrape finalement au bord du gouffre de la mémoire, et je quitte ce sol sur lequel je m’écrasais lentement, comme dans un crash voluptueux.

Le Rhin le Rhin est ivre où les vignes se mirent
Tout l’or des nuits tombe en tremblant s’y refléter
La voix chante toujours à en râle-mourir
Ces fées aux cheveux verts qui incantent l’été

Mon verre s’est brisé comme un éclat de rire
 

27 août 2008

Top départ.

Publié par eliath dans Non classé

C’est étrange, je viens ici presque par bonne conscience. En fait, j’avais oublié cet endroit durant tout l’été.

Ce fut un été curieux, très plein la première quinzaine, pleine de musique, de gens merveilleux, de boulot, d’enfants-ado qui courent dans les couloirs avec leur instrument à la main, de profs délirants et porteurs, d’anims sympathiques, parfois un peu braques. Quinze jours hors du temps, mes quinze jours depuis que j’ai treize ans, mais cette fois-ci, de l’autre côté de la barrière, comme on dit. Je n’étais plus élève, et c’est ça qui était si bon, si différent.

J’achève de finir (pour faire un beau pléonasme) mon mémoire – je me suis enfin mise au boulot, après une année passée à lire des bouquins passionnants, en me disant qu’il serait peut-être temps que je passe à la rédaction…

Léo a disparu du paysage depuis la mis-juillet (à mon retour de ces quinze jours, durant lequel je ne l’ai quasiment pas appelé, pour être précise), par mes soins plus ou moins maladroits ; à vrai dire, après un début si merveilleux, cela ne m’a pas fait grand-chose. Bref, pas envie de préluder là-dessus, c’est fini et ça n’est pas plus mal. Il semblerait même que je me sente libérée. 

Je me permets enfin de m’admettre des choses que j’ai enfouies en moi durant toute l’année.

Entre autres, Phil rentre de C. le 2 Septembre. Il revient sur le sol français. Fin de cette étrange année loin de lui, loin de moi. J’ai la trouille. On s’émeut un peu, on se désire beaucoup, on se fait très peur. Advienne que pourra. Même si tout bas en moi, j’ai une petite voix qui me dit qu’avec lui, c’est mon équilibre qui revient, c’est ma force qui fera retour au bercail, et que j’ai envie de le toucher, de lui parler, de le voir, de le caresser. Que cette année ne fut qu’une longue errance, en quelque sorte, où j’ai testé tout ce que je pouvais tester.

Du baiser d’un soir à la relation de quatre mois où l’on s’embrasse enfin après deux mois passés à se tourner autour, en passant par la relation brève et décevante d’une semaine, une stupidité. Du « jeune » de vingt ans (ridicule, cet adjectif, « jeune », puisque c’est mon âge… Mais voilà, habituée à fréquenter des gens plus âgés, ça me fait toujours étrange, de rencontrer quelqu’un du même âge que moi. J’allais écrire « plus jeune »…) au cousin de trente-cinq ans de ma coloc, divorcé et père de deux enfants (heureusement, nous ne sommes pas allés au-delà d’un simple baiser, tant je me suis aperçue, à la suite de ce verre pris dans un bar décadent d’Oberkampf, que ce type était malsain et obsédé, et pas seulement passionnant, comme je le croyais lors de notre première rencontre), sans succès à chaque fois. Je tiens à préciser que je n’ai jamais « donné » mon corps (étrange, ce besoin de se justifier) comme ça, sur un coup de tête ; je ne le partage qu’avec les plus précieux… (je crois que je me justifie, étrangement, comme pour me certifier que je m’accorde bien avec l’image de moi-même que je m’étais construire jusqu’ici, et que j’ai un peu mise à mal cette année : non, je ne suis pas une fille facile. Disons que je me suis parfois fait plaisir, cette année. Mais sans aller au-delà de mes limites extrêmes. Peut-être juste parfois mes limites « intermédiaires », en embrassant juste histoire de, mue simplement par une attirance physique, tout en sachant très bien que ça n’aurait pas de suite. C’est grisant sur le moment, plaisant le lendemain au souvenir, mais on se sent un peu écoeurée au bout de la troisième fois en deux mois.)

Bref, j’ai exploré, tenter de me persuader que je pouvais passer à autre, et que je n’avais pas fait une erreur en quittant celui que j’aimais depuis bientôt deux ans, en tentant de me convaincre que je ne l’aimais plus alors que je pleurais toutes les larmes de mon corps la dernière fois que je l’ai embrassé – c’est-à-dire trois jours après l’avoir quitté, alors qu’il allait reprendre l’avion dans quelques heures, et qu’il se serrait contre moi, m’embrassant tout le visage, me disant « Je t’aime, Eliath, je t’aime, et toi, tu le sais, tu m’aimes encore ».
Dire que je niais. J’étais bien idiote.

Alors, nous verrons.
J’ai hâte de rentrer ; les cours reprennent dans deux semaines, j’ai hâte.
Je suis rentrée de vacances toute mince, j’ai fondu de manière impressionnante en deux semaines, à ne me nourrir que de tomates et de chèvre – le rythme de vie de mes parents, tellement « mens sana in corpore sano », en ce moment-, et à nager un kilomètre par jour. Pour la première fois depuis longtemps, j’aime mon corps, mais au-delà de bien l’aimer : je le trouve vraiment beau, et j’en suis fière. Je me trouve athlétique, bien foutue. C’est étrange, comme sensation, moi qui ai une relation assez conflictuelle avec lui depuis quelques années. Ultra-fine durant mon enfance, j’ai dû apprendre à assumer mes formes à l’adolescence, ce que j’ai assez mal vécu. Depuis un an ou deux, j’étais fine, mais plus autant qu’avant, et j’en souffrais, surtout avec le regard incisif d’une mère qui a travaillé durant sa jeunesse dans la mode. De grande et très mince, au corps qu’on enviait, j’étais passée progressivement à grande et plutôt mince, avec des formes. Pas de contraste violent, non, mais juste une progression vers un « moi » que j’ignorais, et peinais à reconnaître, malgré le peu de différence sur les photos, sur lesquelles on constatait juste que j’étais à peine plus potelée (et encore, ce mot ne convient pas à ce que je tente d’exprimer, il me paraît trop fort. Et je me semble ridicule, avec mes tergiversations linguistiques sur la bonne expression!) en Master qu’en Licence.
Et là, étranges retrouvailles avec moi-même. Ce corps, fin et souple, qui me dévisage dans la glace. J’ai du mal à me reconnaître, même si le changement est infime – l’histoire de trois kilos, pour parler de manière pragmatique, et encore, c’est surtout parce que je me suis musclée – ; mais en fait, si, je le vois, et je sens que ça se voit. La façon dont Engo m’a dit « Mais qu’est-ce que tu es belle, Eliath! », la façon dont je me sens mieux dans la rue, dont j’accroche plus les regards, dont ma mère me considère (« Eliath, ça n’est pas grand-chose, mais ça change tout. »), dont je m’apprécie moi-même.
J’ai simplement peur de ma propre capacité à tout foutre en l’air. Je me connais ; je manque de courage, donc, j’envoie tout, lentement, balader. Du courage, ma vieille, du courage. Pour ça et pour tout le reste.

Alors, j’ai envie de placer cette année sous le signe de la réussite. Encore mieux que les autres années. Ou plutôt, pas comme l’année dernière, qui fut une étrange année d’errance. Même si j’ai eu des réussites, même si j’ai eu des succès, de bonnes rencontres, je me suis parfois sentie un peu (très) paumée.

Tiens, c’est amusant de constater que j’avais commencé cet article « par bonne conscience », pour ne pas laisser cet endroit à l’abandon, et comme je l’ai poursuivi et achevé avec un réel enthousiasme et désir d’introspection. 

Bon, alors ma vieille, tu sais ce qu’il te reste à faire. 

19 juin 2008

Home, sweet home

Publié par eliath dans Non classé

J’ai enfin découvert l’appartement dans lequel je vais habiter pendant trois ans.

Tout à l’heure. L’agent immobilier, avec son discours embobinant et enjôleur, sa verve amusante et ses phrases si joliment troussées, nous retrouve en bas de l’immeuble, Aude et moi.
Ah oui, j’allais presque oublier de vous les présenter : mes trois colocatrices seront presque les mêmes que cette année, à une exception près. Ce sont Aude, Tischka, et Cille.

Tout en haut, en sixième étage. Un bel immeuble hausmannien, avec vieil ascenseur, marches cossues de bois recouvertes d’un tapis rouge. L’ascenseur s’arrête au cinquième, on avale la dernière volée de marches qui nous séparent de notre futur « chez-nous ». J’ai un peu le trac, surtout de l’excitation. Je n’ai pas vu cet appart, seules les trois autres l’ont visité, puisque j’étais ce jour-là en partiels. Pas faute de bonne volonté, hein : on était déjà venues deux jours avant, mais le locataire précédent avait oublié, et on avait poireauté à quarante dans la cage d’escalier, comme dans l’Auberge Espagnole. L’agent immobilier était sympa, et je lui avais fait consciencieusement du lèche-botte, en bonne gendre idéale ; les autres prétendants à cet appart avaient environ la trentaine. D’où notre étonnement, notre fierté, et surtout notre hystérie totale et complète lorsqu’on avait appris que ce cher agent nous avait choisies « parce que vous aviez une bonne tête, l’air sympathique, et que vous étiez revenues pour le visiter, malgré la déconvenue de la première fois. » La persévérance paye…

Donc, la porte s’ouvre.

À peine un pied dedans, que je réalise notre chance de dingues. Cinq pièces, avec un énorme salon, et une des quatre chambres immense – qui me sera dévolue, car c’est celle qui a un mur mitoyen avec le salon, où mon piano sera… Je n’avais pourtant manifesté aucun désir particulier ; mes trois colocs me l’ont d’elles-mêmes assignée : puisque j’aime jouer tard le soir, autant ne pas déranger celle qui sera de l’autre côté du mur… en l’occurence, moi. Youpi!

Cuisine vaste et lumineuse. Des vélux partout, on est sur les toits, et la vue sur Paris. La Gare du Nord à dix mètres, donc endroit formidablement bien desservi.

Je crois que j’ai encore un peu de mal à réaliser.
Aaaaaaaahh!!….. °sourire, sourire, sourire°

3 juin 2008

A des milliers de kilomètres, juste à côté.

Publié par eliath dans Non classé

Pekan, mon ami indien, qui était venu passer un an en France, et est reparti chez lui en Inde en septembre dernier, m’appelle hier au téléphone. Et me laisse un message qui m’émeut tellement.

« Eliath, ah, Eliath, je tombe sur ton répondeur… C’est le dilemne [je crois qu'il voulait dire "drame"] national de la Fance : tous les gens sont sur répondeur.

Je voulais prendre de tes nouvelles, savoir comment tu allais [soit dit en passant : je l'avais eu brièvement au téléphone une semaine plus tôt, après trois mois de silence radio ou presque, hormis un ou deux mails], et surtout, te poser une question philosophique. Bon, écoute, qu’est-ce qu’il faut choisir :

Est-ce qu’il vaut mieux s’habituer à une chose à tel point qu’on peut pas vivre sans,
Ou bien jamais s’habituer à une chose à tel point qu’on n’a jamais besoin de s’habituer à cette chose?
Tu comprends? »

J’ai mis quelques instants à comprendre la structure de sa phrase, à travers sa voix si touchante, sa voix émue des jours où on lui manque, où il me manque, où je lui manque.
J’ai continué à écouter mon répondeur.

« C’est un peu choisir entre transe et extase, tu vois? Comment dire, la transe, c’est l’état d’esprit de bouger toujours, et l’extase, c’est s’habituer à une chose à tel point que ça devient toi-même.

Pour moi, c’est un grand dilemne en ce moment. Et ça veut dire… J’t'expliquerai.
Bon, j’espère que je ne t’ai pas cassé la tête avec ça… Je t’embrasse Eliath, et à très très vite. »

J’ai raccroché, et j’ai senti la nostalgie monter, lentement.
Je me suis renversée en arrière sur mon siège, la tête appuyée juste sur le haut, et je crois que j’ai presque eu envie de pleurer. De pleurer et de sourire très fort à la fois.

J’ai repensé à Pekan, à son sourire tellement adorable, sa barbe-qui-pique, sa façon tellement touchante de chercher les mots parfois, et de formuler des phrases pleines d’enthousiasme, qu’on ne comprenait pas toujours, malgré son vocabulaire drôlement étendu. Comme ces deux petites interrogations qu’il a laissées sur mon répondeur, et que je retourne en tous sens pour les comprendre.

Pekan.
Nostalgie…

Ce dernier café qu’on a pris ensemble, et où il me regardait d’une manière tellement.
Il avait un chapeau très chouette, des cheveux un peu bordéliques, et son mélange entre vêtements indiens et so frenchy. Il était furieux contre lui-même d’avoir oublié son cadeau pour moi – le dernier était un sac qu’il m’avait rapporté d’Inde, aux vacances de Février. Il ne buvait pas son café, répandait du sucre partout, et avait l’air d’avoir des mots qui débordaient partout de ses lèvres.
C’était Pekan dans toute sa splendeur, plein d’une envie de dire des tas de choses, avec cette émotion palpable qui jaillissait partout de lui.

Et puis il avait dit les mots qui font trembler, cette espèce de petit don de soi, on offre son coeur dans l’arène, vas-y, prends ou jette, mais au moins, take a look.
Et moi, j’étais là, devant lui, mon jus de pamplemousse tiédissait tandis que son café devenait froid, et je ne savais pas quoi dire. J’avais envie de lui murmurer des mots-compresses, des mots-qui-rassurent, des mots-réconfort à l’oreille, j’avais envie de le prendre dans mes bras et de le serrer contre moi, de lui caresser les cheveux et de lui dire c’est pas grave ça passera et en même temps, je sentais à quel point tout ça aurait été dérisoire. Comparé à ce qu’il venait de me demander, de me dire, là, juste avant de repartir à des milliers de kilomètres de moi.
Je ne sais pas si j’en avais alors perçu toute l’intensité, toute la beauté totale et complète.

C’est surtout lorsque j’ai réalisé qu’il avait décollé, qu’il avait repris l’avion, et qu’on ne le reverrait peut-être jamais, en cette mi-septembre 2007, que j’ai alors compris.
Je me rappelle avoir eu cette impression d’abandon.
Peut-être plus encore que lorsque Phil s’était envolé un mois avant pour le Danemark.

Pekan, mon ami en devenir, cette amitié qui aurait pu devenir si forte et belle s’il n’y avait pas eu ces deux choses.
D’une, son retour en Inde,
De deux, cette déclaration, cet amour qu’il couvait là, tout au fond, sans jamais me l’avoir dit. Je l’avais parfois deviné, mais jamais totalement, je crois que je m’y étais un peu refusée.

Et là, à nouveau, sa voix.
Et ces mots. Ses mots.

Il faut que je le rappelle.
Pour comprendre.

 

29 mai 2008

Amis du caddie, bonsoir

Publié par eliath dans Non classé

Evidemment c’est toujours les jours où j’ai une tête épouvantable que je croise des tas de gens pas vus depuis longtemps.
Epouvantable, à prendre dans le sens premier du terme : « qui est de nature à provoquer l’épouvante », car à ce moment-là, rencontrer mon reflet dans le miroir placés sur les colonnes entre les caisses de Monoprix provoque vraiment l’horreur absolue en moi. – Notons qu’on se demande bien ce qui est passé par la putain de tête de ce connard de concepteur dudit supermarché : aller mettre des miroirs dans l’endroit où tout le monde court épuisé en fin de journée, la tête écrasée par le stress des péripéties quotidiennes, les traits tirés, habité une seule envie : se tirer de cet endroit bruyant à l’éclairage blafard, et où la mine atroce des gens autour, qui devrait vous réjouir (du genre : « Chic, je suis plus jolie qu’eux, tralalère ») ne fait qu’au contraire vous enfoncer dans votre grognasserie parce qu’elle vous renvoie votre propre image…!

Je me contemple donc soudain avec effroi, me dévisageant dans cette glace narquoise ; du regard, je suis mes cernes immenses dûes aux nuits passées sur Skype avec Léo à l’autre bout, aux nuits passées à me bourrer le crâne de règles de Linguistique et de conjugaisons latines en vue des derniers contrôles continus, aux nuits passées à prendre des verres avec Engo et toute la clique, et constate avec horreur qu’elles sont bleutées à souhait ; j’ai l’impression d’avoir soixante ans et d’être une vieille alcoolique, la gueule enfarinée, les joues tombantes – évidemment, mon esprit effaré en rajoute alors dans le dramatisme, histoire de me traumatiser encore plus -, et la paupière lourde. Je me regarde comme on regarderait une momie ayant survécu à deux mille ans d’histoire, avec un mélange de curiosité et d’appréhension, sur lesquelles surnage un peu de dégoût et d’anxiété.
Ca y est, je suis une troisième âge, les années sifflent à mes oreilles à la vitesse d’un TGV ; je suis une comédienne à laquelle on aurait posé des prothèses visageaires (pitié, je ne trouve pas le bon mot, un peu de clémence, je veux finir ma plainte) pour la vieillir de quarante ans – je pense soudain à cet article que j’ai lu sur Sylvie Testud jouant Sagan ce matin. Elle dit qu’elle a eu l’impression, la première fois qu’on lui avait posé ce truc, de devenir cinglée. C’est un peu ça. Non seulement je me trouve irregardable, mais je me crois aussi un peu dingue, là, comme ça, dans ce Monoprix criard à 19h47.

Et c’est donc après cette journée mi-figue mi-raison, composée d’amphis soporifiques, d’une version latine, d’une répétition avec mon insupportable et anti-musical partenaire de musique de chambre, que, le cheveux hirsute, la mine telle qu’elle pourrait être si je venais de passer une journée sur la station Mir – c’est-à-dire compressée, oui, compressée -, que je croise la moitié de la planète.

Ô, joie de ces gracieux instants.
Du coup, j’en viens à souhaiter de recroiser TOUS ces gens la semaine prochaine, pour leur afficher une mine splendide, réjouie et rayonnante, le pas vaillant et le port altier.
Donc, logiquement, pour y parvenir, il faudrait que je dorme – j’ai fait le calcul du nombre d’heures de sommeil qu’il me manque depuis une semaine, jeudi dernier exactement, partant sur une base de 8h nécessaires par nuit en moyenne, donc 8×7 = 56, moins une nuit complète de 8h = 46 ; j’ai dormi environ 4h par nuit, donc 6×4 =24, soustrayons ce résultat à 46 = 22, comme c’est merveilleux, – sachant que je sors vendredi et samedi : 22 heures, il me faudrait dormir 22 heures dans la nuit de dimanche à lundi pour être fraîche comme une rose, parée à toutes les éventualités de rencontre lundi matin.
En passant, je ne sais plus mes tables de multiplications à partir de la moitié de la table de 6, puisque j’ai dû calculer 6×9 (oui, je me suis d’abord égarée dans des calculs incertains) avec une calculette. La honte sur moi jusqu’à la fin de mes jours, oui peut-être, mais là, pour le moment, je m’en fous, je vais juste DORMIR.

20 mai 2008

Des taxis pour les galaxies

Publié par eliath dans Non classé

Pas le temps d’écrire, et en même temps si. Peut-être est-ce l’envie qui manque. Un peu.

Comme lui qui me manque. Un peu…

 

Il y a eu ce week-end de cinq jours chez lui, dans sa ville.
J’arrive à la gare, on s’est promis de faire « comme si on n’était pas encore ensemble ». Pour garder la joie de se découvrir. Je descends du train, et il me surprend en souriant, surgissant de nulle part alors que je tente de comprendre les panneaux. Il est là, il est beau, rasé de près, il est grand et je peux lever la tête pour lui parler – après moult petits amis de la même taille ou un peu plus petits que moi, ça fait du bien.
Envie de l’embrasser et de faire durer en même temps ; il me dévore des yeux et m’embrasse sur la joue, je lui souris, il prend ma valise, et on traverse la ville sur laquelle le soleil se lève.

Cinq jours entre sa mezzanine et la rivière sous le pont ;
Il y a eu des moments si beaux, comme ce cours de musique donné ensemble à des enfants retardés légers. Leurs sourires, ils essaient de taper dans les mains, on chante ensemble, il m’écoutent jouer de la flûte, lui de la guitare, on imite les abeilles et on fait « wouOUou » pour s’échauffer la voix, et ils sont tellement touchants.

Le soir, Léo et moi faisons des bulles à la fenêtre, en écoutant le Stabat Mater de Vivaldi, dans cette si belle lumière rouge. Les pieds suspendus au-dessus du vide, et les bulles qui s’élèvent dans l’espace. Son visage tendu vers le petit cercle de plastique, le liquide qui s’étire, et la petite sphère légère prend son envol.
Des petits riens, qui font des moments tellement émouvants, rétrospectivement.
On s’écrit des messages sur un morceau de sopalin, avec un bout de bâton d’esquimau embrasé, et nos messages transparaissent peu à peu par l’incandescence qui calcine doucement le tissu. Eliath. Léo.

On s’amuse à jouer au basket comme des gamins, on va au zoo s’exclamer sur les otaries, et à la fin de leur spectacle, on fait une sieste d’une heure sur les gradins vides…
Je découvre son corps et il m’émeut, j’apprends à l’aimer et à ne plus comparer avec l’avant-lui. Trouver un rythme commun, qui fait du bien, qui fait du bon ; on fait l’amour et on reste au lit à parler des heures, et moi je parle dans mon sommeil. Il me raconte les phrases plus ou moins cohérentes que j’émets, me narre nos dialogues – car, me dit-il, on converse vraiment parfois pendant une heure, comme ça, moi endormie, abandonnée, et lui à ne pas pouvoir fermer les yeux car il aime trop parler avec moi, même si je ne m’en souviendrai pas au réveil.

J’apprends peu à peu à lâcher prise.
J’ai eu du mal. Trop besoin de me protéger. Je crois que j’ai une peur inconsciente de l’abandon. C’est pour ça que c’est toujours moi qui suis partie, ou presque. J’ai longtemps craint de ce que mes phrases pouvaient exprimer comme tendresse. Alors, ne pas trop donner. Pour ne pas tout perdre si j’offre trop.
Et là, tout doucement, j’apprends.
J’apprends ce qu’est une relation à distance, et ce qui est bien, c’est qu’on le même rythme. Cette capacité à ne pas forcément se donner de signe de la journée, mais à se retrouver lendemain, tout aussi bien. Pas d’emprise, pas de contrainte ; je lui ai parlé de ce goût, de ce besoin de liberté et de place autour de moi pour y évoluer sereinement, et il me semble qu’il a très bien compris. On respecte nos espaces, nos rythmes de fous chacun de notre côté, et il y a ce plaisir de nos retrouvailles, écrites ou parlées.

Parce qu’aussi, il est créateur, et ça me ravit. Lorsqu’il joue de l’alto merveilleusement bien, lorsqu’il compose, lorsqu’il improvise en fredonnant sur une chanson de Boris Vian, lorsqu’il fait avec moi une chorégraphie déjantée sur le jingle de France Inter, lorsqu’il m’envoie des montages-collages complètement fous depuis Londres où il a passé dix jours, lorsqu’il me parle de tout ce qu’il imagine pour étoffer son mémoire de M2, lorsqu’il me parle de son sujet de thèse – car oui, il veut faire une thèse, et c’est le genre de truc que je trouve formidable, stimulant, parce que ce n’est pas forcément courant, et que moi aussi, j’ai envie -, lorsqu’on fait des vidéos stupides,  lorsqu’on s’invente des rébus comme défis littéraires.

Il y a aura ces deux mois sans lui, parce qu’il rentre en terre lointaine chez sa mère, à des milliers de kilomètre en avion. Trop coûteux pour que je le rejoigne, mais on fera avec.
Parce qu’en septembre, il vient habiter à Paris. Ca me fait drôle. Ce n’est pas pour moi, et d’une certaine façon, ça me rassure. Mais, dit-il, « la jolie blonde que j’ai rencontrée dans la capitale y a sa part… ». Et ça me fait sourire.

Alors, on va voir où ça mène.
Pour le moment, il y a cette sérénité. Que je goûte prudemment. Mais sûrement.

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