See you.

3 juin 2008

A des milliers de kilomètres, juste à côté.

Publié par eliath dans Non classé

Pekan, mon ami indien, qui était venu passer un an en France, et est reparti chez lui en Inde en septembre dernier, m’appelle hier au téléphone. Et me laisse un message qui m’émeut tellement.

« Eliath, ah, Eliath, je tombe sur ton répondeur… C’est le dilemne [je crois qu'il voulait dire "drame"] national de la Fance : tous les gens sont sur répondeur.

Je voulais prendre de tes nouvelles, savoir comment tu allais [soit dit en passant : je l'avais eu brièvement au téléphone une semaine plus tôt, après trois mois de silence radio ou presque, hormis un ou deux mails], et surtout, te poser une question philosophique. Bon, écoute, qu’est-ce qu’il faut choisir :

Est-ce qu’il vaut mieux s’habituer à une chose à tel point qu’on peut pas vivre sans,
Ou bien jamais s’habituer à une chose à tel point qu’on n’a jamais besoin de s’habituer à cette chose?
Tu comprends? »

J’ai mis quelques instants à comprendre la structure de sa phrase, à travers sa voix si touchante, sa voix émue des jours où on lui manque, où il me manque, où je lui manque.
J’ai continué à écouter mon répondeur.

« C’est un peu choisir entre transe et extase, tu vois? Comment dire, la transe, c’est l’état d’esprit de bouger toujours, et l’extase, c’est s’habituer à une chose à tel point que ça devient toi-même.

Pour moi, c’est un grand dilemne en ce moment. Et ça veut dire… J’t'expliquerai.
Bon, j’espère que je ne t’ai pas cassé la tête avec ça… Je t’embrasse Eliath, et à très très vite. »

J’ai raccroché, et j’ai senti la nostalgie monter, lentement.
Je me suis renversée en arrière sur mon siège, la tête appuyée juste sur le haut, et je crois que j’ai presque eu envie de pleurer. De pleurer et de sourire très fort à la fois.

J’ai repensé à Pekan, à son sourire tellement adorable, sa barbe-qui-pique, sa façon tellement touchante de chercher les mots parfois, et de formuler des phrases pleines d’enthousiasme, qu’on ne comprenait pas toujours, malgré son vocabulaire drôlement étendu. Comme ces deux petites interrogations qu’il a laissées sur mon répondeur, et que je retourne en tous sens pour les comprendre.

Pekan.
Nostalgie…

Ce dernier café qu’on a pris ensemble, et où il me regardait d’une manière tellement.
Il avait un chapeau très chouette, des cheveux un peu bordéliques, et son mélange entre vêtements indiens et so frenchy. Il était furieux contre lui-même d’avoir oublié son cadeau pour moi – le dernier était un sac qu’il m’avait rapporté d’Inde, aux vacances de Février. Il ne buvait pas son café, répandait du sucre partout, et avait l’air d’avoir des mots qui débordaient partout de ses lèvres.
C’était Pekan dans toute sa splendeur, plein d’une envie de dire des tas de choses, avec cette émotion palpable qui jaillissait partout de lui.

Et puis il avait dit les mots qui font trembler, cette espèce de petit don de soi, on offre son coeur dans l’arène, vas-y, prends ou jette, mais au moins, take a look.
Et moi, j’étais là, devant lui, mon jus de pamplemousse tiédissait tandis que son café devenait froid, et je ne savais pas quoi dire. J’avais envie de lui murmurer des mots-compresses, des mots-qui-rassurent, des mots-réconfort à l’oreille, j’avais envie de le prendre dans mes bras et de le serrer contre moi, de lui caresser les cheveux et de lui dire c’est pas grave ça passera et en même temps, je sentais à quel point tout ça aurait été dérisoire. Comparé à ce qu’il venait de me demander, de me dire, là, juste avant de repartir à des milliers de kilomètres de moi.
Je ne sais pas si j’en avais alors perçu toute l’intensité, toute la beauté totale et complète.

C’est surtout lorsque j’ai réalisé qu’il avait décollé, qu’il avait repris l’avion, et qu’on ne le reverrait peut-être jamais, en cette mi-septembre 2007, que j’ai alors compris.
Je me rappelle avoir eu cette impression d’abandon.
Peut-être plus encore que lorsque Phil s’était envolé un mois avant pour le Danemark.

Pekan, mon ami en devenir, cette amitié qui aurait pu devenir si forte et belle s’il n’y avait pas eu ces deux choses.
D’une, son retour en Inde,
De deux, cette déclaration, cet amour qu’il couvait là, tout au fond, sans jamais me l’avoir dit. Je l’avais parfois deviné, mais jamais totalement, je crois que je m’y étais un peu refusée.

Et là, à nouveau, sa voix.
Et ces mots. Ses mots.

Il faut que je le rappelle.
Pour comprendre.

 

6 Réponses à “A des milliers de kilomètres, juste à côté.”

  1. ninoutita dit :

    AAAAAAH AH !
    (heu pardon pour cet excès d’hystérie)
    T***** ! J’avais pensé à T***** d’abord, et à T***** aussi, mais je ne savais pas si ces prénoms existaient. Bon en même temps, on s’en fout un peu qu’un prénom existe ou non. Il a une origine particulière ?
    En tout cas c’est jolie, j’aime bien la manière de le prononcer.

    En lisant cet article, j’ai pensé à ma meilleure amie qui s’en est allée pas si loin de chez moi, à Paris. Maintenant que le TGV est là, je ne mets plus que deux heures pour aller la voir, mais c’est dur tout de même. Je ne retrouve pas la même complicité avec les nouvelles personnes que j’ai rencontré.
    Mais surtout, j’ai pensé à la première fois où j’ai senti un affreux sentiment d’abandon. Autant ne pas trop en parler, si tu lis mon blog tu dois te rappeler d’un certain Romain…

    Et encore un garçon amoureux de toi heeiiiin !
    J’espère que vous vous reverrez bien vite. Peut-être que tu pourrais lui rendre visite en Inde ? Oui, je vais un peu rapidement, il m’arrive de ne pas penser au côté financier des projets.

  2. eliath dit :

    Euh, euhm euhm, afuh, je suis désolée pour la petite modification qu’a subie ton commentaire… En fait, je préfère rester très prudente, car étant donné que mon prénom est assez peu courant, et que les choses que j’écris ici sont très personnelles, je préfère minimiser les risques d’être ‘découverte’… Parce qu’une fois, ça a bien failli arriver, donc maintenant, je suis un peu parano.

    En tout cas, ça te donne l’entière exclusivité de la découverte de mon prénom…! Bravo mademoiselle! J’adore ton accès d’hystérie, j’étais à peu près pareil lorsque j’ai soudain réalisé qu’Inès, c’était en fait bien ton prénom, donc : « AAAAAHHHHHH!!! », moi aussi.
    Donc, le mien, c’est celui d’une muse, pour la petite histoire (à toi de découvrir laquelle! Bon, je sais, je suis embêtante avec mes mystères à la noix que je saupoudre partout, mais je suis parano, tant pis, c’est comme ça…)

    Oui, bien sûr que je vois ce fameux Romain… C’est tellement douloureux, cette sensation de solitude infinie. De manque, surtout.

    Alors, l’Inde, ça coute très, très cher. Et mes économies sont bien maigres! Je sais que Pekan a bossé dur cette année pour tenter d’économiser en vue de venir nous faire un petit signe ; et on espère tous secrètement très fort qu’il sera là bientôt, ce qui n’est pas très sûr. Bien qu’il appartienne aux couches plutôt aisées de la société indienne, ça n’est pas facile pour lui, de financer un voyage par ici…

    Ah, pourquoiiii les gens bien s’en vont-ils toujours?…
    On devrait leur poser la question, tiens.

  3. Emmylou dit :

    (il est dans l’article ton prénom)
    (moi, je le connaissais, euh)

  4. eliath dit :

    (Oups, c’est ce qu’on appelle un acte manqué…)
    (Lapsus réparé!)

  5. mazurka dit :

    (bon ben moi je l’ai loupé c’est pas juste -_-)

    ce post est très touchant, très très touchant.

  6. eliath dit :

    > Mazurka : Avec un peu de chance, je ferai peut-être à nouveau une erreur d’inattention… :)

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