See you.

10 septembre 2008

Et tu dresses ton inventaire

Publié par eliath dans Non classé

Je suis rentrée vers minuit avec Vian, et j’ai retrouvé des sensations un peu égarées. Électricité émotionnelle, on s’assied à côté, je parle trop et lui pas assez, mais on joue avec les mots, sourire en coin, « Je t’analyse » et « Tu n’as pas toujours dit ça… »

À cinq chez Engo, et ce dernier qui ne cesse de me questionner sur ce fameux Chilien avec lequel je bois des verres depuis une semaine. À vrai dire, je n’en ai pas grand-chose à faire, c’est plus pour passer le temps qu’autre chose, histoire de me remettre un peu dans le bain, mais j’aime bien. C’est agréable, de se sentir courtisée, et de se laisser faire, l’air de rien. Profiter du moment, à siroter un café dans un bar qui ne peut malheureusement plus être enfumé – même si ça m’explosait la gorge, j’aimais bien ce charme des brumes de cigarettes -, à parler un peu et se regarder beaucoup, simplement pour le plaisir du moment.

Donc, chez Engo, faire un plat totalement expérimental, avec du riz, de la viande hachée, des poivrons, des courgettes, saupoudrer le tout de fromage et enfourner ce mélange douteux au four ; et au final, entendre Engo qui répète toutes les deux minutes : « Eh, n’empêche, je suis vachement fier, c’est drôlement bon ce truc. » « Bon, c’est pas pour dire, mais c’est le pied, là, cette création. » « Je suis devenu un super-pro en improvisations culinaires, vous avez vu?? » « Non mais vraiment, on se régale, vous êtes pas d’accord?… »

Je regarde Vlad, on joue à faire un « Pyramide », les mots s’emmêlent avec finesse, on s’étonne l’un l’autre de connaître quasiment l’intégralité des Beatles, et je trouve qu’il s’améliore, sur tous les points, à chaque fois. Surtout depuis qu’il s’est coupé les cheveux. À croire que les cheveux trop longs, ça vous tue un garçon, et que les cheveux plus courts (mais pas rasés, par pitié) révèlent sa beauté. Pour exemple, Phil, Léo, Engo, Fab (quoique, lui, qu’il ait les cheveux longs ou courts ne change rien : il est à crever de sexytude), et Vlad. Ah, pardon, contre-exemple : Clément. Lui, le court lui donne l’air d’un poussin perdu, et les cheveux plus longs, en bataille, le glamourisent diablement.

Et ce que j’aime par-dessus tout, c’est m’allonger sur le sol de ma nouvelle chambre sous les toits, sous mon velux grand ouvert, avec en fond sonore, « Roxane » de Police, « Karma Police » ou « Exit music » de Radiohead. La rumeur de la ville surgit dans ma chambre, avec l’air de la nuit. Et dans la vitre se reflète la tour Eiffel qui s’illumine cinq minutes, au loin, ou bien la rue en bas, avec les gens qui passent, traînant derrière eux leur valise. Des bruits, des lumières étouffées, et la voix tellement dingue de Thom Yorke, comme une vague de plaisir qui se dépose sur mon corps que j’ai soudain l’impression de quitter, là, de laisser sur le sol de cette chambre. Je pars loin au-delà de mes murs, et j’imagine que je marche dans Paris, n’importe où, dans mes quartiers préférés. Je me dématérialise, c’est tellement étrange, cette sensation d’abandon de moi-même, où en même temps, je me vois dans ce velux, au-dessus. À la fois tellement réelle, et presque comme un reflet imaginaire, une idée dans l’eau qu’on tente d’attraper, je sais bien que si je tends la main je ne pourrai pas me toucher. Une cigarette serait presque nécessaire pour ce genre de moments, je crois que je vais m’y mettre si ça continue, comme pour complèter cette sensualité extraordinaire qui émane de l’instant.
Je trébuche dans ma mémoire, je m’enfouis dans mes souvenirs et je repense à tous les gens que j’ai croisés, je m’engouffre dans la réminiscence de mes premières années de fac, Fred, Nassim, Pierre, oui Pierre, Chuck, Al, David et tous les autres, vos noms je ne les oublie pas, même si les chemins divergent parfois. On se revoit, on se sépare, on se recroise, on s’oublie, on se retrouve à nouveau, pour repartir encore.
C’est comme une extase lente et douloureuse, avec un goût d’amertume et de nostalgie sur la langue, ce moment, le dos accroché par terre ; je m’ancre plus profondément à l’intérieur de moi, et j’ai la sensation de vivre quelque chose d’unique, un de ces moments où la solitude est tellement goûteuse, tellement nécessaire. Tournée vers le tréfond, c’est un peu ça, et je cherche les autres dans mémoire, jusqu’à suffoquer de ne pouvoir les atteindre, là, maintenant, tout de suite. Cette putain de nostalgie, accompagnées de tous les regrets ou remords de ce qu’on n’a pas accompli, ou de ce qu’on a eu tort de faire. Je retrouve les rush de mes souvenirs, mes bouts d’existence que je récupère au fur et à mesure comme des bobines oubliées, je remue un peu les couteaux dans les plaies pour me rappeler encore mieux, parce que je me sens exister, avec toutes ces choses que j’ai laissées derrière moi, et qui m’accompagnent encore plus ou moins.
Il y a des caresses qui se perdent, et des mots que je n’ai jamais dits, et c’est peut-être ça, qui rend le souvenir si fort, c’est cet inachèvement, ces itinéraires que je n’ai jamais poursuivi, ces tentatives qui n’ont jamais abouti. Des chemins qui n’ont pas pu ou su se croiser, des rendez-vous manqués parce qu’ils n’ont jamais été convenus même si désirés, je repense à Pierre, qui se manifeste de temps en temps, toujours aussi désirable, et désirant je crois, mais c’est comme si des portes qui s’étaient refermées à il y a longtemps se refusaient à se rouvrir, elles sont closes, à présent.

Alors je rebrousse finalement chemin pour arrêter de me faire ce mal qui fait du bien parce qu’il est riche de minutes vécues, et j’arrête la projection, fin de la séance, repliez les strapontins. Cessation de la non-activité, je me rattrape finalement au bord du gouffre de la mémoire, et je quitte ce sol sur lequel je m’écrasais lentement, comme dans un crash voluptueux.

Le Rhin le Rhin est ivre où les vignes se mirent
Tout l’or des nuits tombe en tremblant s’y refléter
La voix chante toujours à en râle-mourir
Ces fées aux cheveux verts qui incantent l’été

Mon verre s’est brisé comme un éclat de rire
 

2 Réponses à “Et tu dresses ton inventaire”

  1. ninoutita dit :

    Fait attention avec cette envie de cigarette, c’est aussi en face de mon vélux et dans ce même abandon de soi que j’en ai allumé une. Puis deux.
    Mais c’est tellement délicieux, et la dépendance ne m’embarrasse pas encore.

  2. eliath dit :

    Oh, toi aussi, tu as un velux…
    Mais c’est trop tentant, et plus j’y pense, plus je passe des nuits hors du temps dans ce nouvel appartement, plus j’ai envie de passer le cap et d’en fumer une. Puis deux.

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