See you.

5 mai 2008

Corps à corps

Publié par eliath dans Non classé

Je vais peut-être finir par la haïr, cette salle de bain à la con.

Feu souffre, et personne ne le sait.
Il y a des choses qu’on tait, parfois.

Parce que pour moi, je suis toujours Feu. Je veux.
Même si de l’eau a passé sous les ponts, même si des gens passent et repassent.
Phil me manque, parfois. Très fort.
Je suis toujours elle, toujours la Feu vivante, gaie et triste, pétillante et trébuchante, zigzagante et enthousiaste, entêtée et créative, tout ça. Je n’ai pas envie de perdre tout ça.

Alors s’il-te-plaît, moi, prends soin de toi.

27 avril 2008

Des taxis en bandoulière

Publié par eliath dans Non classé

J’adore quand Engo se plaint que je ne l’ai pas appelé de la semaine, et que « Ouais, tu m’as juste laissé un message sur Fa*****k, pff, c’est trop la loose, tu me snobes en ce moment ».

C’est le genre de moment où je sais qu’il m’est tellement précieux.
Engo.

22 avril 2008

Tout simplement.

Publié par eliath dans Non classé

Je me suis sentie un peu vide, lorsqu’il est parti, lundi matin, à six heures et des poussières.  Retourner sur mes pas, après l’avoir laissé au rer direction Gare du Nord, en humant l’air frais du matin. Le jour s’est levé par ma fenêtre dans ma chambre, après une nuit blanche passée sur nos corps enlacés.
Il a laissé des énigmes pour moi dans ma chambre, et je récolte un à un les petits papiers.

Alors, les jolies choses de la vie.

Yvan qui me plaît – dans le sens « que j’apprécie » – de plus en plus, avec sa sensibilité, sa jolie formulation des phrases et son goût pour les majuscules, et sa douceur ; on projette des trucs, on se marre, on bavarde, on échange des mails, on fait les cons devant son ordinateur pour se prendre en photo, tout simplement.

Ma coloc Aude qui, me voyant traîner comme une âme en peine lundi dans l’ appartement, en infâme tenue pyjamaesque (le genre de truc qui ne m’arrive jamais, mais là, j’avais double prétexte : son départ, et le début des vacances. N’empêche que je déteste ça, traîner en peignoir toute la journée sans rien foutre, il n ‘y a rien de plus affreusement déprimant lorsqu’on est déjà un peu triste à la base.), revient le soir plus tôt pour me « remonter le moral hop là ma vieille! », avec des sushis « parce que je sais que tu aimes ça ». C’est ça que j’aime bien entre nous deux, c’est cette réciprocité : je l’ai écoutée lors de ses premiers émois avec son copain actuel, lui ai ouvert ma porte à minuit pour qu’on débriefe sur le pourquoi du comment des mecs et de ce garçon-là qui lui plaisait, l’ai conseillée et rassurée lorsqu’elle angoissait à propos de son couple. Et là, simplement, de façon belle et inattendue, elle m’appelle : « J’arrive poulette, à la rescousse!… »
Et ça me fait du bien, tout simplement.

Engo et ses coups de fils, toujours.

Je lis « La mort est mon métier », de Robert Merle, et je reprends goût à la lecture, que j’avais délaissée depuis un ou deux mois, pour cause de lectures forcées dues au programme de la fac. Ca donne un bonheur fou, j’ai l’impression de retourner vers moi, de redire bonjour à mes belles racines. Tourner les pages avidement, à un rythme régulier, sans s’arrêter, et se délecter des mots.

J’adore flâner dans les rayons du Monoprix de Denfert, parce qu’il est à la fois spacieux et intime, il y a des trucs bizarres (le topinambour au gingembre, je n’ai pas encore essayé… Si je ne réécris plus ici, vous saurez que ce sera à cause de ce truc) qui voisinent avec de supers offres (souvent pour cause de date de péremption très proche, notons-le), du snob (comme ces sachets de légumes frais prédécoupés pour les feignants, du genre bébés carottes, pousses de soja, mini courgettes, le tout pour un prix astronomique et une quantité minime) au familier (oh, du dentifrice!), et puis ce rayon légume un peu bordélique, qui me rappelle celui des Frères Tangs.

Et chez Gibert, je me suis acheté quelques livres, autres que ceux au programme… Un délice! Depuis le temps que je lorgnais les pages fraîches et appétissantes des bouquins du 4e étage, mais que je devais me contenter des latinismes, anciens francéïsmes, musicologismes, linguisticismes, du 2e… Un Anouilh, un Kazuo Ishiguro, et un Giono. C’est à peine si la salive ne dégoulinait pas de ma bouche lorsque je suis passée à la caisse (devant, soit dit en passant, un vendeur absolument magnifique, ce qui me fait une raison supplémentaire d’excuser ma bave préparée).

Quelques jours à la mer qui se profilent. Après avoir été d’abord sujet d’angoisse (« Quoi, oh, argh, ça me fait quatre jours de moins à la BNF pour avancer mon mémoire et pour faire du piano…! Infamie! ») profonde, je les aborde sereinement (« Bon, finalement, j’ai peut-être besoin d’un peu d’air, d’une bonne coupure pour mieux redémarrer, n’étant partie que quatre jours depuis mi-août »), et même avec enthousiasme (« La mer en hiver, tralala » / « Et en plus, je peux même emporter mon ordinateur et mes cahiers de recherche avec moi, je vais pouvoir travailler là-bas, chic alors! » – qu’on n’aille pas me considérer comme une mono-maniaque de mon mémoire et des échéances de fin d’année…-).

Des routes qui circulent, il faut oublier le temps.
Je ne sais pas quand je le reverrai. Je crois qu’il insiste pour que j’aille le voir.
Je crois que je vais sauter le pas, et oser.

 

17 avril 2008

Avant de partir

Publié par eliath dans Non classé

 L’attente exaspère le désir, on ne le sait que trop bien.

Délices et vertiges, on esquisse on se frôle et puis.

Des textos en suspension dimanche soir puis lundi, et enfin, enfin,
Nos visages se trouvent mardi. A la bibliothèque, celle où l’on se retrouve à chaque fois qu’il vient à Paris.

Dans la salle au plafond haut qui abrite l’élite des chercheurs de France dans notre matière de prédilection, je travaille, le front baissé sur mon mémoire.

Et puis, c’est un souffle dans mon cou, et je tressaillis :
C’est lui, qui s’est amusé à me faire sursauter.
Oh, ivresse de son visage tout près du mien… Silencieusement, on se dévore des yeux, on se sourit. Il s’est coupé les cheveux et ça lui va bien ; quelques mots, et il va s’installer à la place qui lui a été assignée une table plus loin… face à moi.

Alors, ce sont mes yeux qui quelques fois croisent les siens, ses yeux verts et bruns que je trouve tellement fous. Puis sa tête à nouveau tout près de la mienne : « Mademoiselle, auriez-vous un stylo à me prêter ? Et tant qu’à faire, un chewing-gum à vous taxer ? »
Son texto qui me propose un café, après. Je souris, je frémis, il est là, et je sens bien que mes mains tremblent un peu.

Sortis de la bibliothèque, parmi les derniers. Nos mots qui se retrouvent, presque naturellement, et je lui propose de marcher un peu. Là, c’est le boulevard de l’Opéra, les quais, puis le Pont des Arts qui nous accueillent. Je décris mes bruits préférés, on parle de nos envies, tout est tellement simple, tellement naturel. Paris si beau autour de nous, je lui montre un bâton qui flotte dans l’eau, et lui m’entraîne en courant de l’autre côté du pont : « Viens, on va le rattraper ». Je lui parle d’une bouche d’égoût que j’ai « rencontrée », lui de son goût pour les mots.
Un voiturier d’un hôtel chic nous propose de faire des enfants pour remplir une voiture-mini-bus de luxe qui ressemble à un corbillard, on éclate de rire, le ciel magnifique au-dessus de nos têtes, là.

Et comme l’autre jour, en parlant dans mon sommeil, il paraît que je n’arrêtais pas de dire : « J’ai froid… J’ai froid… »,
Il est venu de sa ville, avec une énorme couette sous le bras. « Tiens, c’est pour toi. Cadeau. Comme ça, tu n’auras plus froid. »
Et moi, éberluée, je souris.

Soirée chez Yvan, avec les habituels – Engo avec son blouson de cuir sexy, Clément, Dan, Vlad, Fabien toujours aussi joueur, les filles ne sont pas là cette fois-ci –, et des amis de la ville d’origine d’Yvan, où habite Léo. Un joyeux mélange dans son petit appart ; on parle musique, lisons l’avenir dans une boule de billard – « Est-ce que Clément sera sobre à la fin de la soirée ? » « C’est peu probable », répond-elle, et on éclate de rire comme des gamins –, Engo tape sur ma bouteille de bière jusqu’à ce que la mousse déborde de partout et une avalanche de chips me tombe sur les pieds, un beau musicien dit alors me soutenir psychologiquement parce que lui aussi est très maladroit– pour preuve le Nutella qu’il vient de s’étaler généreusement sur le jean –, je dessine sur une ardoise magique l’histoire du pingouin qui respirait par les fesses – grand running gag de notre année de Licence 3 –, et Fabien nous représente en animaux. Une soirée toute simple, comme je les aime, avec les gens que j’aime.
Je découvre de plus en plus Maya, une fille pétillante avec un humour complètement trash sans tomber dans le sur-vulgaire, comme le mien. On se rappelle cette fameuse soirée, il y a un mois, où j’ai embrassé le cousin d’Engo – soirée que j’avais promis de raconter ici, mais finalement, document laissé inachevé, et arrivée de Léo entre temps… –, notre alphabet tordu, et il y a toute de suite la même complicité qui s’installe.

Léo et son regard tellement incroyable, il est là, il est beau et près de moi. On se frôle on s’épie on s’espère. Je me sens bien et jolie, avec ces gens que j’aime. Moi qui avais – un soupçon à peine – un peu peur d’être empruntée, entre Léo d’un côté et mes amis de l’autre… c’est le contraire qui se produit : une joyeuse communauté pleine de rires et connivence entre tous.
Une fille teste les réactions de mon genou, qui reste désespérément amorphe, en tapant dessus avec un petit marteau, tandis que le sien fait des soubresauts. Elle propose de soutenir ma jambe, et c’est Léo qui le fait, doucement. Sa main sous la pliure de mon genou, si simplement, et j’ai soudain l’impression d’avoir un kangourou dans la poitrine.

Sa tête, qui s’approche parfois de la mienne, à peine, juste pour mieux s’entendre.
C’est ça que j’aime, chez lui, c’est cette délicatesse.
Il prend son temps, il le sait.
Et j’aime ça.
Pas à pas, on progresse. En prenant du plaisir, à attendre.

Puis, les gens partent peu à peu, au compte-goutte pour le dernier métro, et l’heure passe. Même combinaison que la dernière fois, je me retrouve avec Yvan et Léo, avec cette sensation formidable d’être exactement à ma place. Le naturel.

On bavarde encore, Yvan déplie le clic-clac, et je viens me glisser entre deux.
Rires et sourires, on lance des trucs, des conneries, je suis toujours « reine du trash » et Yvan soupire sur une jolie blonde de la soirée, pour en conclure qu’elle n’était pas si bien que ça, on débriefe un peu, et il commence doucement à quitter ce monde pour tomber dans les bras de Morphée.

La nuit autour de nous, Léo et moi.

Et nos mots, encore, comme la dernière fois.
Je ne saurais pas dire de quoi on a parlé, sans s’arrêter.

Je vois la bague qu’il avait au petit doigt – ma bague, celle que lui et moi avons oubliée plus ou moins inconsciemment à sa main lorsqu’il était reparti chez lui, la dernière fois – et je souris silencieusement, dans le noir.

On joue avec, tout en parlant, et de passage en passage entre nos doigts, ce sont nos mains qui se frôlent, par mégarde.
Sa paume effleure ma peau, un peu.

Je retiens mon souffle.

Et ses doigts viennent trouver les miens, l’air de rien, alors qu’il me repasse la bague.
Mon auriculaire qui s’accroche doucement au sien,  le temps s’arrête.

On entre dans la sphère du ‘faire’.
Et j’ai l’impression que ma peau brûle de le sentir contre moi.

Nos mains s’emmêlent, au fil de nos paroles, qui parfois s’effilochent, marqueurs du trouble qui m’envahit, qui l’envahit.

Il vient me voler mon nez, et je joue à lui reprendre. Sa main sur mon visage s’attarde un peu. Hauts les cœurs.
Et c’est la caresse, sa main qui circule lentement le long de mes traits, je ferme les yeux.

Je meurs d’envie de le toucher, et j’ose, enfin, ma paume vient trouver sa joue, et je le sens qui expire doucement l’air retenu dans ses poumons, un peu tremblant.

Sa bouche sur mes doigts, à peine.

Putain, j’aimerais que ce moment dure cent ans.

Et lentement, on se caresse le visage, tout en continuant à parler, de sujets qui n’ont rien à voir avec ce qu’on se fait l’un l’autre à l’instant présent. Un peu comme une polytonalité, et comme lorsqu’à l’opéra, le personnage chante des paroles sur une musique qui n’a rien à voir avec les intentions dites. Gestuelle silencieuse et tacite, qu’on tait pour mieux parler d’autre chose.

Je sais juste qu’à un moment, je me suis sentie m’assoupir un peu.
Dans un demi-sommeil.

Suffisamment abandonnée pour ne plus pouvoir bouger ni parler,
Suffisamment éveillée pour sentir.

Je m’entends parler un peu, murmurer des phrases incohérentes.
J’avais déjà fait ça, la dernière fois. Parler dans mon sommeil, tout en étant, selon les moments, plus ou moins consciente que je disais des choses, mais sans pouvoir les contrôler. D’où des messages très sibyllins, sans queue ni tête, mais qui répondent parfois aux questions que l’on me pose. Comme celui-ci, – qu’il m’a rapporté, car je ne m’en souvenais plus –lorsque Léo me demande en murmurant, suite à mon assertion « Il faut marcher sur la terre » : « Et je peux venir ? ». Je réponds : « C’est qui ? » « C’est Léo. » « Ah. Alors, c’est bien. Il peut. »

Entre ces bouts de phrases, qui surgissent parfois dans le silence, je plonge parfois plus profond dans le sommeil, puis reviens, surnage un peu, toujours les yeux fermés, comme dans un rêve flou…

Et là, soudain, là, légèrement, sa bouche vient trouver mon front.

Garder les yeux fermés, garder les yeux fermés. Et surtout, rester éveillée, tenter de sortir de mon délire onirique où je ne contrôle rien, pour assister à ce moment où il croit que je dors, et où il ose, un peu.

Ses lèvres effleurent ma peau.

Se retirent.

Et reviennent, encore.
Sur mes joues,
Sur mon nez,
Jusqu’à trouver la commissure de mes lèvres.

J’ai l’impression que mon cœur va imploser.
C’est tellement fou, tellement dingue.

Il continue ensuite à me parler un peu, je sais, je sens qu’il me regarde, toujours. Sa main caresse parfois mon front.

Et je rouvre enfin les paupières.
Ses yeux plantés dans les miens.
Il me raconte mes mots plein d’absurde poésie selon lui, me murmure : « Tu avais vraiment une tête à embrasser. »
On se sourit dans la pénombre, et la conversation reprend.
Plus je le regarde, plus j’ai ce baiser en mémoire, tout près de mes lèvres, et plus j’ai envie d’à mon tour, apposer ma bouche sur son visage.

Comme s’il avait devancé ce désir, il me chuchote que lorsque lui s’était un instant assoupi – quelques secondes, aussi -, je n’en avais pas profité comme lui pour le toucher… Par ces mots, il y a un double message : il révèle à la belle endormie que j’étais qu’il m’a effleurée durant cet étrange sommeil, et en même temps, c’est comme un appel au contact, une demande implicite.

J’ai soudain l’impression que je ne peux pas retenir plus longtemps toute cette envie qui s’est accumulée à l’intérieur, c’est une sensation tellement brute, simple et belle,
Je lui prends le visage entre les mains, et viens l’embrasser doucement sur la tempe, puis sur la pommette, puis sur la joue.

Il sourit, et la conversation continue.
Plus ténue, seulement. Les gestes prennent le pas sur le mots. Il me raconte endormie, je lui parle des mes perceptions floutées de ces moments de demi-sommeil. On parle de nous, on parle de l’instant d’avant ; c’est comme si nos mots symbolisaient nos corps qui se rapprochent peu à peu.

Et puis au détour de ma joue contre sa bouche, ses lèvres accrochent un peu les miennes,
Et j’ai l’impression que mon cœur s’est suspendu dans l’espace.
Comme une hyperventilation de la poitrine, comme une machine à laver qui tournerait à toute vitesse à la place du cœur, toutes ces images sont prosaïques et matérialistes mais je m’en fous,
l’instant est tellement fort tellement intense,
et je sens à son souffle que lui aussi est aussi ému que moi.

Le reste de la matinée – parce qu’on a laissé passer le jour qui se levait sans s’en apercevoir – passe à toute vitesse ; Yvan se lève vers 8h pour filer à son stage, nous laissant à moitié endormis.
Sa bouche à mon réveil, encore, et tout paraît simple, évident.

Son corps contre le mien, et ce regard extraordinairement intense que je lis dans ses yeux – je sais que j’ai le même dans les miens, je le sais sans avoir besoin de me voir dans une glace, et c’est ça qui est grisant.

Cette réciprocité.

11 avril 2008

Et maintenant

Publié par eliath dans Non classé

Après deux semaines de conversations sans image, avec le seul souvenir de la dernière fois qu’on s’est vus en territoire parisien, voici que nos visages qui se découvrent – redécouvrent avant-hier nuit sur Skype ; on a peur, la même peur, tous les deux, de se voir un peu, peur de s’être oubliés, de moins aimer ce visage retrouvé. Alors, on fait passer des mains, des ombres, des peluches, un coin d’œil, je fais ma maladroite avec la webcam, on ose, on ose pas.

« Tu es toujours aussi jolie que la dernière fois. »
Frémissements. Je ne dis rien, murmure un « C’est gentil», je sais trop bien que tout est dans le suggéré, le délicieusement tu et à venir. Ce mélange de détente et de délicieux frisson électrique.

On s’est lu Apollinaire, des scènes de Cyrano de Bergerac, parlons d’écrire un opéra à deux mains ; je dois lui faire visiter le Louvre et lui m’initier à un film, moi lui prêter un Kundera et lui me jouer de l’alto.

Et cette nuit, à nouveau l’image, qui curieusement, en vient presque à entraver la conversation au début, et puis, ensuite, ensuite… Au contraire. Toute cette beauté de l’instant, si fort, tellement partagé.
Lorsque je vais mettre dans mon lit, nous retrouvons l’intimité souhaitée, je me sens plus jolie, l’éclairage est meilleur et la rencontre moins « frontale » (ça n’est plus moi face à mon ordinateur, tentant de faire tenir le gros casque sur mes oreilles sans qu’il surmonte ma tête, tant il est disgracieux, mais un autre visage, penché sur son oreiller, avec un autre casque, plus fin, qui peut se perdre dans mes cheveux emmêlés sur mon visage et dans les replis du coussin).
Son visage, là, tout près du mien. Lui qui souffle : « Je trouve ça tellement émouvant, de te voir te cacher ; il y a un mélange de pudeur et de timidité ».

Au petit matin, alors que le jour se lève doucement, et que l’heure de début des cours approche peu à peu, on tente de prendre des résolutions, luttant malgré soi contre soi : « Si on n’arrête pas l’image, je ne pourrai jamais dormir… »

Si j’écris ici ces phrases, c’est parce qu’elles résument le plus fort de ces moments ; mais heureusement ces moments ne sont pas que cela, pas que ces phrases qui sont presque les moins ‘subtiles’, parce qu’elles en disent le plus avec des mots. Parce qu’il y a eu d’autres choses, d’autres phrases, où tout simplement, on parlait, mais avec cette osmose extraordinaire, cette compréhension, et surtout, ce naturel fou , toutes ces phrases sans ‘drague’, mais tellement séduisantes par ce qu’elles nous présentaient l’un l’autre de nous.

Et cette façon de nous regarder l’un l’autre, avec ces yeux qui semblaient avoir envie de dévorer, de happer jusqu’au plus profond de soi le visage de celui de l’autre côté de l’écran.
Je revois ses yeux, tellement expressifs et pétillants, et il me semblait y voir les miens, au même moment – que j’apercevais dans le petit encart de ma fenêtre -, avec la même expression d’adoration, de fascination, profonde, pour ces traits intouchables au moment présent et tellement touchants, justement.

« J’ai tellement hâte de te voir, en fait. »

Je commence à me donner. Peut-être ai-je tort. Mais je crois qu’il n’est plus temps de calculer, de réfléchir. Je commence à ne plus douter. Comme une sincérité, une évidence entre nous deux.
Il est là dimanche soir.

So, let’s act and see.

1 avril 2008

Il semblerait que

Publié par eliath dans Non classé

J’ai beaucoup de mal à écrire parce qu’il m’arrive quelque chose de fracassant. Que j’attendais depuis longtemps et en même temps pas vraiment. Disons que je ne « m’y » attendais pas.
C’est dingue, extatique, fou, ahurissant ; à chaque fois j’ai peur et je souris en tremblant et je trépigne et je rêve, j’ai envie de tout envoyer balader juste pour ça, d’ailleurs j’ai séché des cours la semaine dernière, un peu trop. Chaque petite porte ouvre sur une autre qui semble à chaque fois encore mieux. Son poème entraîne mon acrostiche qui entraîne son décalage de lettres qui entraîne mon message chiffré qui entraîne sa composition spéciale qui entraîne mon rébus qui entraîne sa charade. On joue avec les mots, les signes, les images, tout ce qu’il y a de créatif qui nous passe par la main, en vrac, pour le plaisir.

Lorsque j’ai ouvert les yeux à côté de lui samedi, j’avais tellement envie de ne rien dire, et de continuer à le regarder sans souffler. Moi entre Yvan et lui dans ce clic-clac désaccordé, son pull autour de mes épaules et la couette remontée jusqu’aux yeux qui pétillent de se voir l’un l’autre. Ne pas le toucher ne pas le caresser, pas encore, tout est dans le non-dit, et on savoure lentement l’ »avant », en espérant qu’il y aura un « après ». Alors on s’effleure par les mots les voix les écrits.

Je trépigne d’impatience et en même temps j’élide et élude les mots trop précis.
Une nuit blanche dimanche, ce coup de fil surréaliste de sept heures, encore, j’en veux encore.
Le 13 il revient. Le 13 il sera là.

Il faut juste que je me dise qu’en attendant la vie continue. Que toutes ces autres choses doivent être faites, et pas de stand-by, s’il-te-plaît. En attendant, faire du piano, réussir ma dissert demain, faire ma présentation sur Nietszche et Wagner, travailler plus sérieusement de la flûte, déjeuner avec Dora demain, assurer le Mozart en quatre mains, recopier mes cours manqués, me renseigner un peu pour l’année prochaine, voir Mamie qui arrive samedi, et sortir boire des bières avec Engo Jude Clément Pia Fab Jeanne et tutti quanti.
Je me rappelle lorsque vers six heures,  je ne sais même pas quelle heure il était – car pas une seule fois je n’ai regardé ma montre -, je sais juste que le jour se levait sur la chambre, nous avons récité des poèmes, par bribes ou en entier, en français, en allemand, en anglais, des phrases en russe, il a compté en créole, j’ai faussement frimé en chinois, on a titubé en italien, mêlant Goethe, Rimbaud, Verlaine, Apollinaire, Blake, Rilke, Brecht, lui, moi, les mots, et la lumière qui se faisait peu à peu sur nos visages invisibles durant cette nuit tellement.

Alors je souris lorsqu’il m’envoie des messages, je tourne la tête vers la fenêtre à droite de mon bureau, je vois le ciel gris pommelé de rouge, et à gauche, ce dôme ahurissant de beauté avec l’autre, derrière, près de ma fac.
Je ne réalise pas, et me laisse porter. C’est peut-être mieux.
On flâne en attendant…

31 mars 2008

Publié par eliath dans Non classé

My god. Il s’est passé le truc le plus surréaliste de ma vie.

Je viens de laisser Léo, après une conversation qui a duré entre minuit trente et maintenant. Par Skype.

Tellement…
Plus tard, j’expliquerai.

26 mars 2008

Tellement et si peu

Publié par eliath dans Non classé

Je me sens bloquée, paralysée.
Comme si mon esprit était mis en mode « stand-by ». Ou plutôt, en mode « fixation ».
Putain. Je n’arrive pas à penser à autre chose.
Et quelque chose en moi hurle la sensation, le pressentiment idiot d’une défaite à venir. Je me sens petite, écrasée, fébrile, en attente, dépendante, soumise, faible, asservie, inassouvie, criante de désir dans tout ce que je fais, et ridicule par le pseudo-naturel que j’essaie d’adopter, j’aimerais bien savoir ce que je souhaite, vraiment,
Et pour la première fois, je réalise à quel point je peux moi-même être cruelle. Lorsque je vais boire des verres avec des garçons auxquels je plais, mais qui ne me plaisent pas autant en retour, et que j’accepte parfois de les revoir, que je leur envoie un texto sympathique, que je leur réponds aimablement au téléphone, que je m’enthousiasme pour un de leur propos ou une de leurs propositions, tout ça pourquoi, tout ça parce que je me sens seule à ce moment, ou bien que j’ai envie que l’on m’aime, que j’aime me sentir appréciée, désirée, à ma juste valeur. Jusqu’ici, je ne m’en rendais pas vraiment compte. Du moins, pas à ce point. Je ne jouais pas, surtout pas ; j’étais juste naturelle, moi-même, contente de les voir, mais point barre. Cruelle réalité sans m’en apercevoir.

Alors, alors, alors… J’en viens presque à oublier la soirée de mardi, où je me suis sentie si bien entre lui et Yvan, putain, je ne sais plus, je ne sais plus rien.

Je me souviens de son doux geste, ces mains, les doigts entrelacés, pliés sur le cœur, et ces mains qui s’envolent, doucement, comme une respiration, et son sourire si particulier.

 

Je me sens tellement bloquée, tellement incertaine, tellement inquiète.
Lorsqu’il me dit qu’il repart samedi.
Et qu’il reviendra en mai.
En mai.
En mai, putain, en MAI.
C’est dans plus d’un mois. S’il revient fin mai, c’est dans deux mois.

 

26 mars 2008

Léo.

Publié par eliath dans Non classé

Bon, je sais bien que j’avais promis de finir mon week-end, de raconter cet énorme rebondissement surgi de nulle part,

Mais là, tout de suite, il y a autre chose, de tellement mieux à dire:

J’ai vu Léo.
Léo, le copain de Yvan, le « peut-être que » qui habite dans une autre ville, le « qui m’intéresse beaucoup » qui me semblait me filer entre les doigts pour cause de longue distance…


Il est Paris, là, et je l’ai vu.
Yvan, lui, et moi, le studio de Radio France et la Jeune Fille et la Mort de Schubert, nos pas sur les quais de Seine, mon bar favori à Odéon.

Heure exquise
Qui nous grise
Lentement,
La caresse,
La promesse
Du moment
L’ineffable étreinte de nos désirs fous
Tout dit : Gardez-moi puisque je suis à vous

24 mars 2008

Samuel

Publié par eliath dans Non classé

C’est un peu comme une réminiscence éveillée d’il y a deux, trois ans.
D’abord, dimanche, comme ce week-end de mars 2005. Cherchez, si vous voulez. Dans cet ancien chez moi. Un parfum d’ailleurs.

Pacques chez ma marraine. En comité plus réduit, cette fois-ci, on est une petite quinzaine. Mes parents, ma marraine et mon parrain, deux de ses filles et leurs maris, avec leurs enfants, une nièce et sa copine et leurs fille. Parmi eux, Samuel est là. Ca y est, j’ai fait le numéro 56 de mes 100 choses à faire en mille jours. Samuel. Je me rappelle ce frisson qui m’avait parcouru, lorsque je l’avais rencontré, en plein milieu de la nuit, pieds nus sur le carrelage de la cuisine, son verre de lait, et nous deux assis sur le perron du jardin, dans la nuit, avec le vent et le silence tout autour. Samuel et ses yeux baissés, ses mains finement charpentées, son attitude nonchalante et un peu lointaine à la fois, le tout petit sourire en coin dont il nous gratifiait parfois. Et ses mots, qu’il m’avait dit cette nuit-là.
Samuel. Ca fait trois ans. Putain, c’est bête de le dire, mais c’est fou comme le temps passe vite, comme on grandit, comme la petite Lili a poussé, même si elle est toujours petite et chantante, comme Paul est devenu un ado plus réservé et intéressant à la fois, qui dessine extrêmement bien et observe, posé comme son père, les gens autour de lui.

Les enfants s’en vont faire une promenade avec des adultes, et ceux qui restent disposent les oeufs dans tout le jardin. Cette joie, cette joie particulière qui m’emplit à l’idée de faire plaisir aux petits, de les voir tout à l’heure tout émerveillés et contents de trouver des oeufs, des poules, des lapins partout. Et lorsque les cloches sonnent dans le village, ils reviennent et courent partout dans le jardin. Des sourires en masse, on prend des photos ; j’ai l’impression de faire comme un passage, une transmission d’un truc à la génération suivante : moi aussi, quand j’étais gamine, j’étais là, à courir partout avec le panier à la main, espérant trouver les gros lapins en chocolat avant les autres enfants, et dénicher encore un oeuf, même quand on était quasiment sûr que tout avait été ramassé. Je me sens devenue grande, et je le regarde avec tendresse, farfouiller partout. J’aime bien Paul, qui a bientôt 12 ans, et est devenu incroyablement mature. Il aide les plus petits, un peu timide, et tellement touchant dans son envie d’aider, dans son inventivité pour cacher les oeufs, et dans son rôle de grand frère apaisé.

Samuel est là, il regarde, il sourit un peu, et parfois, je sens que son regard se pose sur moi.
Moi aussi, j’ai grandi, en trois ans. Je ne suis plus l’ado, je suis vraiment une jeune fille, une jeune femme en devenir. Je me maquille un peu, j’ai appris comment mettre mes yeux en valeur avec un peu de noir, c’est tout – pour le reste, je ne maîtrise absolument pas l’art du maquillage -, je suis épanouie dans ce que je fais à la fac, j’ai probablement mûri, aussi, je ne sais pas. Il y a comme une interrogation muette dans son regard – comme dans les regards des autres, aussi, qui se demandent tous un peu ce que je deviens, depuis trois ans ou plus – la dernière fois que la nièce m’avait vue, j’avais cinq ans et elle vingt.

Et puis, la tablée lumineuse, avec le grand plat fumant et les enfants qui rient, les adultes qui parlent fort et chaudement, pleins de sourires et de gaité. Ma marraine-soleil, le petit dernier qui est né le 25 Décembre, le chat qui court partout avec Lili qui hurle de rire derrière, mon parrain avec ses blagues toujours aussi particulièrement et marrantes, mes parents détendus – enfin, presque pour ma mère -, les filles de ma marraine, belles femmes actives, mères, toujours aussi fraîches et pleines de gaité communicative. Et Samuel, qui alterne entre phases de silence, les yeux vissés au sol, toujours aussi fascinant, et dialogues animés avec d’autres membres de la tablée.

Après le déjeuner, les enfants et moi faisons une partie de cache-cache, et je dois dire que j’étais aux anges quand, alors qu’on était tous planqués, entassés dans le placard, avec la lumière de mon téléphone pour que le petit Jules n’aie pas peur dans le noir, la petite Emilie – la fille de la nièce de ma marraine – m’a dit : « Ouah… C’est chouette, j’aurai quelque chose à raconter à mes copains mardi!… »

L’après-midi file à toute vitesse ; cette année, je n’ai pas dormi là-bas, puisque Engo fête ses 23 ans le dimanche soir…
Et avant de partir, environ une heure de flottement, où Samuel et moi avons envie de nous retirer du joyeux brouhaha qui emplit la maison. Nos pas nous portent un peu n’importe où, et parfois, on se croise, un sourire léger échangé, complice dans la quête d’une solitude momentanée pour se reposer.

Puis tout le monde se retrouve dans le salon, car mes parents et moi partons, je profite de leur voiture pour rentrer à Paris plutôt qu’en train. Je surprends une ou deux fois le regard de Samuel sur moi, doucement silencieux.
Et il arrive cette chose curieuse, comme dans les soirées entre copains, où l’on se retrouve à dire au revoir à tout le monde, jusqu’à laisser en dernier, pour la fin, plus ou moins inconsciemment, celui que l’on apprécie le plus, et craint le plus à la fois, parce qu’il nous attire.
Alors, Samuel, te voici, face à moi, et je sens que tu es conscient de ce statut de ‘dernier’. Il y a ce silence étrangement non-plein, lorsqu’on s’embrasse pour se dire au revoir, ce silence dénué de la plénitude normale qu’il y a entre deux personnes qui se disent joyeusement au revoir. Sa main brièvement sur mon épaule, ce silence empli d’interrogations, et puis, il murmure, presque surpris par ce filet de voix qui sort de lui, comme s’il s’attendait à avoir un timbre plus solide, plus franc : « Eh bien… Bon retour, et peut-être à l’année prochaine. ». Et il ajoute avec un petit sourire amusé : « Et Joyeuses Pacques ». Je réponds : « Au revoir, Samuel, à bientôt peut-être. » Une esquisse de mouvement un peu gêné, et puis ses yeux se baissent, il semble reprendre son masque, et moi je détourne la tête. Très léger, très infime, mais présent. Cette interrogation, et cette complicité silencieuse.
Tandis que mes parents entrent dans la voiture, lui et sa femme entrent dans la leur, et nos yeux se croisent, à travers la pluie qui tombe. Je ne vois pas très bien son regard, mais il y a eu sa tête levée vers nous, en silence.

Samuel.
Ce non-dit tellement envoûtant, qui entoure cette homme qui me fascine, m’électrise à chaque fois que je le vois. Tout en sachant très bien que si justement je m’accorde cette attirance muette, c’est bien parce qu’elle appartient au domaine de l’irréalisable, de l’intouchable, et heureusement. Il est beau en mari, en père, et attirant en homme. Et c’est là tout la différence. Que nous respectons trop pour oser y toucher. Et c’est ça que j’aime. Ces petits riens de silence, de compréhension, ce truc partagé au-delà d’un échange dialogué, où l’on se voit grandir et vieillir l’un et l’autre, avec curiosité, intérêt, et respect. C’est doux.

Il faudra que je finisse de raconter ce week-end.
Parce que le plus « rebondissements » reste à venir. Mais je n’ai pas fini, ça viendra.

 

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